Mention diffamatoire dans un PV d'AG – Peut-on obtenir sa rectification?

Bonjour à tous,

Dans le procès-verbal d’une récente assemblée générale, une mention apparaît dans la partie « Questions diverses » indiquant : « Dératisation de la maison de Monsieur X », mon nom étant bien sûr cité.

J’ai contacté l’agence en charge du syndic par courrier recommandé pour demander l’édition d’un nouveau PV, car je considère cette mention comme diffamatoire. Il y a effectivement des problèmes de circulation de rats dans tout le lotissement, avec pose de pièges, mais nous estimons subir un préjudice et des accusations comme si notre maison, ce qui n’est pas le cas, était à l’origine d’un problème sanitaire.

Mes questions :

  1. Peut-on qualifier cette mention de diffamatoire ?
  2. Le syndic est-il responsable des écrits portés sur le PV ?
  3. Quels sont mes recours pour obtenir la rectification ?

Merci pour vos conseils.

Bonjour,

Votre question est légitime et soulève plusieurs points juridiques importants. Je vais vous aider à y voir plus clair sur la qualification des propos, la responsabilité du syndic et les recours possibles.


1. La mention est-elle diffamatoire ?

La diffamation est définie par l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse comme « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé ».

Pour qu’une mention soit qualifiée de diffamatoire, elle doit réunir plusieurs conditions :

  • Une allégation précise : un fait déterminé (et non une simple opinion).
  • Une atteinte à l’honneur ou à la considération : le fait imputé doit être de nature à discréditer la personne.

Analyse de votre cas :

  • La mention « Dératisation de la maison de Monsieur X » est une allégation factuelle.
  • Elle peut être interprétée comme laissant entendre que votre maison est à l’origine d’une infestation de rats, ce qui pourrait porter atteinte à votre réputation.

Toutefois, le caractère diffamatoire n’est pas automatique. Comme le rappelle la jurisprudence, le juge examine le contexte dans lequel les propos ont été tenus et regarde en particulier s’ils s’inscrivent dans un climat hostile ou malveillant à l’encontre du copropriétaire concerné.

Points à considérer :

  • Si des rats ont effectivement été vus à proximité de votre maison, la mention peut être considérée comme un simple constat factuel, sans intention de nuire.
  • En revanche, si la mention est formulée de manière à vous désigner comme responsable du problème, elle pourrait être qualifiée de diffamatoire.

2. Le syndic est-il responsable des écrits portés sur le PV ?

Le syndic n’est pas le signataire responsable du contenu du PV.

Le procès-verbal d’assemblée générale est rédigé par le syndic, mais il doit être signé par le président de séance (élu en début d’AG), le secrétaire et les scrutateurs.

Le PV doit retracer fidèlement le déroulement de l’AG et les décisions prises. Les mentions portées dans la partie « Questions diverses » reflètent les interventions des copropriétaires. Le syndic n’a pas pour mission de censurer les propos tenus en AG, mais de les retranscrire.

Responsabilité :

  • La personne qui a tenu ces propos en AG est l’auteur de l’éventuelle diffamation. C’est donc contre elle qu’il faudrait agir, et non contre le syndic.
  • Le syndic n’est pas responsable du contenu des propos tenus par les copropriétaires en AG, sauf s’il les a lui-même rédigés de manière malveillante.

3. Peut-on obtenir la rectification du PV ?

Oui, une rectification est possible, mais elle est encadrée.

A. Rectification amiable par le bureau de l’AG

Lorsqu’une erreur matérielle affecte le procès-verbal (erreur de retranscription, omission, etc.), le bureau de l’assemblée (président de séance, secrétaire) peut procéder à une rectification spontanée.

La jurisprudence (Cour d’appel de Paris, 3 juillet 2003) a rappelé que :

« Le bureau de l’assemblée générale des copropriétaires doit rectifier le procès-verbal, dès lors qu’il a été informé d’une erreur affectant le décompte des voix ». Cette faculté s’étend aux erreurs matérielles en général.

En l’espèce : Vous pouvez demander au président de séance (ou au syndic) de rectifier le PV si la mention est inexacte ou si elle ne reflète pas fidèlement ce qui a été dit. Cette rectification peut prendre la forme d’un erratum diffusé aux copropriétaires.

B. Contestation judiciaire

Si le bureau de l’AG refuse de rectifier le PV, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la rectification. Le juge est compétent pour ordonner l’établissement et la diffusion d’un PV rectificatif.

Attention au délai : L’article 42 de la loi du 10 juillet 1965 prévoit que les actions en contestation des décisions d’AG doivent être intentées dans un délai de deux mois à compter de la notification du PV. Si la mention que vous contestez ne constitue pas une décision, mais une simple retranscription, ce délai peut ne pas s’appliquer, mais il est prudent d’agir rapidement.


4. L’action en diffamation : une voie possible mais complexe

Si vous estimez que la mention est diffamatoire, vous pouvez engager une action sur le fondement de la loi du 29 juillet 1881.

Difficultés à anticiper :

Difficulté Explication
Délai de prescription L’action en diffamation se prescrit par 3 mois à compter de la publication des propos (notification du PV).
Preuve de la mauvaise foi L’auteur des propos peut échapper à la condamnation s’il prouve la vérité des faits et sa bonne foi.
Qualification publique ou non publique Les propos tenus en AG sont généralement considérés comme non publics (car limités aux copropriétaires). La diffamation non publique est punie d’une amende de 38 € (contravention de 1re classe), tandis que la diffamation publique est passible d’une amende plus lourde.

En l’espèce : Si des rats ont effectivement été vus dans le lotissement et que des mesures de dératisation ont été prises, l’auteur de la mention pourra probablement invoquer la vérité des faits, ce qui rendra l’action en diffamation difficile à gagner.


5. Que faire concrètement ?

Étape Action
1 Demander une rectification amiable : adressez une lettre recommandée au président de séance (et au syndic) pour demander la correction de la mention ou l’ajout d’une précision neutralisant l’interprétation diffamatoire.
2 Faire inscrire vos réserves au PV : si une prochaine AG est prévue, demandez que vos réserves sur cette mention soient inscrites au PV.
3 Contester la mention en justice : si la rectification amiable échoue et que vous estimez subir un préjudice, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la rectification du PV.
4 Envisager une action en diffamation : si les propos sont clairement diffamatoires et que vous pouvez prouver la mauvaise foi de leur auteur, vous pouvez engager une action sur le fondement de la loi de 1881 (délai de 3 mois).
5 Consulter un avocat : en raison de la complexité des procédures (notamment en matière de diffamation), il est recommandé de vous faire assister par un avocat spécialisé.

6. En synthèse

Question Réponse
La mention est-elle diffamatoire ? Cela dépend – elle peut l’être si elle vous désigne comme responsable du problème, mais le contexte et la vérité des faits seront examinés.
Le syndic est-il responsable ? Non – le PV est signé par le président de séance. Le syndic n’est que le rédacteur.
Peut-on obtenir une rectification ? Oui – par voie amiable (erratum) ou judiciaire.
Quel est le délai pour agir ? 2 mois pour contester une décision d’AG (article 42) ; 3 mois pour une action en diffamation (loi de 1881).

Conclusion : La mention qui vous concerne n’est pas nécessairement diffamatoire, mais elle peut vous causer un préjudice si elle est interprétée comme une accusation. Commencez par demander une rectification amiable auprès du président de séance ou du syndic. Si cela échoue, vous pourrez envisager une action en justice, en veillant à respecter les délais impartis. N’hésitez pas à consulter un avocat spécialisé pour vous accompagner dans cette démarche.