Annexion de parties communes – Des terrasses privatisées dans la cour, que faire?

Bonjour à tous,

Je suis propriétaire d’un appartement dans un immeuble à Paris. L’immeuble est composé d’un bâtiment côté rue et de 5 duplex qui donnent sur une cour commune. Les occupants des duplex ont aménagé des terrasses à usage privatif sur cette cour, occupant tout l’espace.

Le règlement de copropriété précise que la cour est une partie commune et qu’il est interdit d’y déposer des objets, même temporairement. Nous souhaitons pouvoir utiliser la cour de la même façon que les autres occupants, mais il semble peu probable qu’une solution amiable soit trouvée.

Mes questions :

  1. Quelles sont les démarches légales pour faire respecter le règlement de copropriété ?
  2. Puis-je agir seul ou faut-il passer par le syndicat ?
  3. Quels sont les risques et les chances de succès ?

Merci pour vos conseils.

Bonjour,

Votre situation est malheureusement fréquente et soulève des questions juridiques importantes. L’appropriation illicite de parties communes est une atteinte grave aux droits de tous les copropriétaires.


1. La nature juridique de la cour : une partie commune

Le règlement de copropriété qualifie la cour de partie commune, ce qui signifie qu’elle appartient à l’ensemble des copropriétaires et que son usage est collectif.

L’article 3 de la loi du 10 juillet 1965 définit les parties communes comme « les parties des bâtiments et des terrains affectées à l’usage ou à l’utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d’entre eux ». La cour entre dans cette définition.

Conséquence : Aucun copropriétaire ne peut s’approprier une partie commune sans l’autorisation de l’assemblée générale. Les aménagements réalisés par les occupants des duplex sont donc illicites.


2. La prescription trentenaire : une exception à connaître

Attention : Si l’occupation illicite dure depuis plus de 30 ans, elle peut être régularisée par la prescription acquisitive (article 2272 du Code civil). Celui qui occupe une partie commune à titre exclusif pendant 30 ans peut en devenir propriétaire, sous certaines conditions (possession continue, non interrompue, paisible, publique et non équivoque).

En l’espèce : Si les terrasses ont été aménagées il y a plus de 30 ans, la situation peut être consolidée. Si c’est plus récent, l’action en revendication est encore possible.


3. Les recours possibles

A. Agir par l’intermédiaire du syndicat des copropriétaires

La voie la plus efficace est de faire agir le syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic. Le syndicat peut :

  • Mettre en demeure les occupants de libérer les parties communes.
  • Engager une action en justice pour faire cesser l’appropriation illicite et obtenir des dommages-intérêts.

L’article 30 de la loi du 10 juillet 1965 permet au syndicat d’agir en justice pour la défense des parties communes. Cette action doit être autorisée par l’assemblée générale (majorité de l’article 24).

B. Agir en tant que copropriétaire individuel

Si le syndicat refuse d’agir, vous pouvez agir seul en justice, sur le fondement de l’article 30 de la loi de 1965 :

« Tout copropriétaire peut ester en justice pour la défense des droits du syndicat ».

Vous devez alors :

  • Mettre en demeure le syndic d’agir.
  • Si le syndic ne réagit pas, assigner les occupants devant le tribunal judiciaire pour faire cesser l’appropriation.

C. Demander la régularisation par l’AG

Vous pouvez proposer en AG une régularisation des terrasses : modification du règlement de copropriété, vente des surfaces aux occupants, révision des tantièmes. Cette solution est possible, mais elle nécessite l’unanimité des copropriétaires (article 26 de la loi de 1965) si elle modifie la destination de l’immeuble ou la répartition des charges.


4. La jurisprudence : une position ferme

La Cour de cassation a rappelé à plusieurs reprises que l’appropriation de parties communes sans autorisation est illicite.

Dans un arrêt du 30 janvier 2020 (n° 00-15.879) , la troisième chambre civile a jugé que :

« L’occupation exclusive et permanente d’une partie commune par un copropriétaire, sans titre, constitue une atteinte aux droits des autres copropriétaires ».

La jurisprudence considère que l’assemblée générale ne peut pas autoriser l’appropriation d’une partie commune sans une modification du règlement de copropriété. Une simple autorisation de l’AG ne suffit pas : il faut une modification du règlement, soumise à l’unanimité ou à la double majorité.


5. Les risques et chances de succès

Élément Analyse
Preuve de la qualité de partie commune Le règlement de copropriété est clair. Vous avez un argument solide.
Durée de l’occupation Si l’occupation date de moins de 30 ans, vous pouvez agir. Si elle est plus ancienne, la prescription peut jouer.
Nombre d’occupants Vous êtes 1 contre 5. La majorité des occupants est contre vous, ce qui rendra difficile une solution amiable. Une action en justice sera longue et coûteuse.
Coût de la procédure Frais d’avocat, frais d’huissier, éventuelle expertise. Comptez plusieurs milliers d’euros.
Risque de perdre Si le tribunal estime que l’appropriation est consolidée ou que vous n’avez pas agi dans les délais, vous risquez de perdre et de payer les frais de l’adversaire.

6. Que faire concrètement ?

Étape Action
1 Documentez la situation : photos, constat d’huissier, copie du règlement de copropriété.
2 Adressez une mise en demeure au syndic par LRAR pour lui demander d’agir.
3 Demandez l’inscription à l’ordre du jour de l’AG d’une résolution autorisant le syndicat à agir en justice.
4 Si le syndicat refuse, envisagez d’agir seul en justice, après consultation d’un avocat.
5 Proposez une régularisation : modification du règlement, vente des surfaces, révision des tantièmes (nécessite l’unanimité).

7. En synthèse

Question Réponse
Les terrasses sont-elles illicites ? Oui – la cour est une partie commune, son appropriation est interdite.
Puis-je agir seul ? Oui – en application de l’article 30 de la loi de 1965, vous pouvez agir si le syndicat refuse.
Quel est le risque principal ? La prescription trentenaire (si l’occupation dure depuis plus de 30 ans).
Quelle est la solution la plus réaliste ? Tenter une régularisation par l’AG (vente ou modification du règlement) ou engager une action en justice.
Quel est le délai pour agir ? 30 ans pour la prescription acquisitive. Si l’appropriation est récente, agissez sans tarder.

Conclusion : L’appropriation des parties communes est une violation grave du règlement de copropriété. La solution la plus efficace est de passer par le syndicat pour engager une action en justice. Si le syndicat refuse, vous pouvez agir seul, mais une telle procédure est longue et coûteuse. La régularisation par l’AG est une alternative, mais elle nécessite l’unanimité des copropriétaires. Avant toute action, consultez un avocat spécialisé pour évaluer vos chances de succès.