Bonjour,
Votre situation est malheureusement fréquente et soulève des questions juridiques importantes. L’appropriation illicite de parties communes est une atteinte grave aux droits de tous les copropriétaires.
1. La nature juridique de la cour : une partie commune
Le règlement de copropriété qualifie la cour de partie commune, ce qui signifie qu’elle appartient à l’ensemble des copropriétaires et que son usage est collectif.
L’article 3 de la loi du 10 juillet 1965 définit les parties communes comme « les parties des bâtiments et des terrains affectées à l’usage ou à l’utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d’entre eux ». La cour entre dans cette définition.
Conséquence : Aucun copropriétaire ne peut s’approprier une partie commune sans l’autorisation de l’assemblée générale. Les aménagements réalisés par les occupants des duplex sont donc illicites.
2. La prescription trentenaire : une exception à connaître
Attention : Si l’occupation illicite dure depuis plus de 30 ans, elle peut être régularisée par la prescription acquisitive (article 2272 du Code civil). Celui qui occupe une partie commune à titre exclusif pendant 30 ans peut en devenir propriétaire, sous certaines conditions (possession continue, non interrompue, paisible, publique et non équivoque).
En l’espèce : Si les terrasses ont été aménagées il y a plus de 30 ans, la situation peut être consolidée. Si c’est plus récent, l’action en revendication est encore possible.
3. Les recours possibles
A. Agir par l’intermédiaire du syndicat des copropriétaires
La voie la plus efficace est de faire agir le syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic. Le syndicat peut :
- Mettre en demeure les occupants de libérer les parties communes.
- Engager une action en justice pour faire cesser l’appropriation illicite et obtenir des dommages-intérêts.
L’article 30 de la loi du 10 juillet 1965 permet au syndicat d’agir en justice pour la défense des parties communes. Cette action doit être autorisée par l’assemblée générale (majorité de l’article 24).
B. Agir en tant que copropriétaire individuel
Si le syndicat refuse d’agir, vous pouvez agir seul en justice, sur le fondement de l’article 30 de la loi de 1965 :
« Tout copropriétaire peut ester en justice pour la défense des droits du syndicat ».
Vous devez alors :
- Mettre en demeure le syndic d’agir.
- Si le syndic ne réagit pas, assigner les occupants devant le tribunal judiciaire pour faire cesser l’appropriation.
C. Demander la régularisation par l’AG
Vous pouvez proposer en AG une régularisation des terrasses : modification du règlement de copropriété, vente des surfaces aux occupants, révision des tantièmes. Cette solution est possible, mais elle nécessite l’unanimité des copropriétaires (article 26 de la loi de 1965) si elle modifie la destination de l’immeuble ou la répartition des charges.
4. La jurisprudence : une position ferme
La Cour de cassation a rappelé à plusieurs reprises que l’appropriation de parties communes sans autorisation est illicite.
Dans un arrêt du 30 janvier 2020 (n° 00-15.879) , la troisième chambre civile a jugé que :
« L’occupation exclusive et permanente d’une partie commune par un copropriétaire, sans titre, constitue une atteinte aux droits des autres copropriétaires ».
La jurisprudence considère que l’assemblée générale ne peut pas autoriser l’appropriation d’une partie commune sans une modification du règlement de copropriété. Une simple autorisation de l’AG ne suffit pas : il faut une modification du règlement, soumise à l’unanimité ou à la double majorité.
5. Les risques et chances de succès
| Élément |
Analyse |
| Preuve de la qualité de partie commune |
Le règlement de copropriété est clair. Vous avez un argument solide. |
| Durée de l’occupation |
Si l’occupation date de moins de 30 ans, vous pouvez agir. Si elle est plus ancienne, la prescription peut jouer. |
| Nombre d’occupants |
Vous êtes 1 contre 5. La majorité des occupants est contre vous, ce qui rendra difficile une solution amiable. Une action en justice sera longue et coûteuse. |
| Coût de la procédure |
Frais d’avocat, frais d’huissier, éventuelle expertise. Comptez plusieurs milliers d’euros. |
| Risque de perdre |
Si le tribunal estime que l’appropriation est consolidée ou que vous n’avez pas agi dans les délais, vous risquez de perdre et de payer les frais de l’adversaire. |
6. Que faire concrètement ?
| Étape |
Action |
| 1 |
Documentez la situation : photos, constat d’huissier, copie du règlement de copropriété. |
| 2 |
Adressez une mise en demeure au syndic par LRAR pour lui demander d’agir. |
| 3 |
Demandez l’inscription à l’ordre du jour de l’AG d’une résolution autorisant le syndicat à agir en justice. |
| 4 |
Si le syndicat refuse, envisagez d’agir seul en justice, après consultation d’un avocat. |
| 5 |
Proposez une régularisation : modification du règlement, vente des surfaces, révision des tantièmes (nécessite l’unanimité). |
7. En synthèse
| Question |
Réponse |
| Les terrasses sont-elles illicites ? |
Oui – la cour est une partie commune, son appropriation est interdite. |
| Puis-je agir seul ? |
Oui – en application de l’article 30 de la loi de 1965, vous pouvez agir si le syndicat refuse. |
| Quel est le risque principal ? |
La prescription trentenaire (si l’occupation dure depuis plus de 30 ans). |
| Quelle est la solution la plus réaliste ? |
Tenter une régularisation par l’AG (vente ou modification du règlement) ou engager une action en justice. |
| Quel est le délai pour agir ? |
30 ans pour la prescription acquisitive. Si l’appropriation est récente, agissez sans tarder. |
Conclusion : L’appropriation des parties communes est une violation grave du règlement de copropriété. La solution la plus efficace est de passer par le syndicat pour engager une action en justice. Si le syndicat refuse, vous pouvez agir seul, mais une telle procédure est longue et coûteuse. La régularisation par l’AG est une alternative, mais elle nécessite l’unanimité des copropriétaires. Avant toute action, consultez un avocat spécialisé pour évaluer vos chances de succès.