Nous sommes tous des syndics bénévoles : Le plus dur n’est pas de gérer, c’est de faire participer

Quand on parle de « syndic bénévole », on imagine tout de suite quelqu’un qui maîtrise la comptabilité, les AG, les appels de fonds, les contrats d’entretien et les subtilités de la copropriété.

Bref, quelqu’un qui aurait volontairement choisi de passer ses soirées à regarder des factures et des relevés bancaires.

Mais si on prend un peu de recul, le syndic bénévole ne fait rien de fondamentalement étranger à ce que nous faisons déjà dans notre vie.

D’une certaine manière, nous sommes tous des syndics bénévoles.

À titre perso, en couple ou en famille, on gère déjà un budget, on paie des factures, on entretient des équipements, on suit des échéances, on organise des travaux et on prend des décisions qui concernent plusieurs personnes.

La copropriété, c’est finalement un cadre plus formel pour des tâches qu’on connaît déjà.

Gérer ses finances

On a tous un budget à gérer : crédit, électricité, assurance, abonnements, courses…

On regarde ce qui entre et ce qui sort, on vérifie les prélèvements, on anticipe certaines dépenses.

Et quand une grosse dépense arrive, on se demande si elle était prévue et si on peut l’absorber.

Le syndic bénévole fait exactement la même chose à l’échelle de la copropriété : il suit les dépenses, enregistre les factures, contrôle les règlements, suit le compte bancaire et prépare le budget nécessaire au fonctionnement de l’immeuble.

La différence n’est pas tant dans la nature de la tâche que dans le cadre dans lequel elle s’exerce.

Gérer les finances d’une copropriété, c’est finalement appliquer à un collectif les réflexes que nous avons déjà pour nos propres finances.

Entretenir ce qui nous appartient

Chez soi, un équipement ne s’entretient pas tout seul.

Chaudière à réviser, fuite à réparer, portail à entretenir, équipement à remplacer en fin de vie…

On peut éventuellement repousser certaines choses de quelques semaines en espérant que le problème disparaisse mystérieusement. Spoiler : ça marche rarement.

En copropriété, la logique est la même, mais les équipements sont collectifs : toiture, façade, ascenseur, chaudière collective, espaces verts, éclairage, portail, interphone…

Le syndic bénévole ne réalise pas forcément les travaux lui-même.

Il s’assure qu’ils sont faits, au bon moment, par les bonnes personnes.

C’est une responsabilité que beaucoup d’entre nous exercent déjà chez eux.

Respecter les règles

Vivre en société implique de respecter des règles.

À titre personnel, on paie ses factures, on respecte les échéances administratives, on assure son logement et on fait réaliser certains contrôles obligatoires.

En copropriété, il existe aussi un cadre légal et réglementaire auquel le syndicat doit se conformer.

Le syndic bénévole doit veiller au respect des obligations, conserver certains documents, organiser les AG, tenir la comptabilité du syndicat et assurer le suivi administratif de l’immeuble.

Là encore, le principe est familier.

Administrer une copropriété, c’est appliquer à un patrimoine collectif des réflexes d’organisation et de responsabilité que nous avons déjà dans notre vie quotidienne.

Prendre des décisions à plusieurs

C’est peut-être là que la comparaison devient la plus évidente.

Dans une famille, tout le monde ne veut pas forcément la même chose.

Faut-il changer la voiture ? Faire des travaux ? Partir en vacances ? Dépenser maintenant ou économiser ?

Il faut discuter, comparer les options et finir par décider.

Et parfois, il faut même négocier.

« On part en vacances où ? »

« Je ne sais pas, choisis. »

« Non, choisis toi. »

Finalement, on se retrouve trois semaines plus tard à réserver le même endroit que l’année précédente.

La copropriété fonctionne un peu de la même manière.

Mais avec une différence majeure :

dans notre vie personnelle, nous avons généralement choisi les personnes avec lesquelles nous construisons notre collectif.

On choisit son conjoint — enfin, normalement. :wink:

On décide d’avoir des enfants et on exerce une responsabilité sur leur éducation.

On organise progressivement notre foyer avec des personnes avec lesquelles on partage une histoire, des habitudes et, dans une certaine mesure, des objectifs communs.

En copropriété, c’est différent.

On ne choisit pas ses voisins.

On peut acheter un appartement et découvrir ensuite que le voisin du dessus ne participera jamais aux réunions, qu’un autre copropriétaire ne s’intéresse absolument pas aux travaux de la toiture ou qu’un propriétaire habite à plusieurs centaines de kilomètres.

Et là, on découvre une compétence qui n’était pas forcément prévue dans le manuel du syndic bénévole :

faire fonctionner un collectif de personnes qui n’ont pas forcément demandé à fonctionner ensemble.

Le vrai défi : faire vivre le collectif

Administrer les finances, suivre les factures ou organiser un entretien, ce n’est finalement pas le plus difficile.

Le plus difficile, c’est souvent de faire participer les autres copropriétaires.

Parce qu’une copropriété est un bien commun.

La toiture appartient à tout le monde.

L’escalier appartient à tout le monde.

Le compte bancaire appartient au syndicat.

Les décisions concernent tout le monde.

Mais tout le monde n’a pas le même temps, le même intérêt ou la même disponibilité pour s’en occuper.

Et le syndic bénévole peut alors avoir l’impression de tout porter seul.

Il convoque l’AG.

Il cherche les devis.

Il répond aux demandes.

Il suit les factures.

Il relance les copropriétaires.

Il prépare les documents.

Et parfois, il finit par se demander :

« Mais pourquoi suis-je le seul à m’en occuper ? »

Question existentielle du syndic bénévole, probablement quelque part entre « pourquoi mon voisin ne ferme jamais la porte du hall ? » et « qui a encore laissé le carton dans le local poubelles ? ».

Plus sérieusement, c’est probablement l’une des principales difficultés du syndic bénévole.

Et il n’existe pas de logiciel capable de résoudre entièrement ce problème.

En revanche, certaines pratiques peuvent considérablement faciliter la gestion collective.

Comment mieux impliquer les copropriétaires ?

Quelques pistes.

1. Rendre l’information accessible.

Un copropriétaire s’impliquera beaucoup plus facilement s’il n’a pas à demander au syndic combien il reste sur le compte, à rechercher un PV vieux de trois ans ou à comprendre seul pourquoi une dépense apparaît dans les comptes.

Plus l’information est accessible et compréhensible, plus il est facile de suivre la vie de la copropriété.

2. Sortir d’une logique où le syndic fait tout.

Le syndic bénévole reste responsable de l’administration du syndicat, mais cela ne signifie pas qu’il doit tout réaliser personnellement.

Un copropriétaire peut suivre un prestataire.

Un autre peut chercher des devis pour un petit chantier.

Un autre peut vérifier une installation.

Un autre peut participer à la préparation de l’AG.

Le syndic n’a pas besoin de devenir le couteau suisse de l’immeuble.

3. Demander des choses précises.

« Pouvez-vous vous investir davantage dans la copropriété ? » est une demande vague.

« Pouvez-vous demander deux devis pour la réparation du portail avant vendredi ? » est une mission concrète.

La différence peut sembler minime, mais elle change beaucoup la manière dont les autres peuvent contribuer.

4. Rendre visible le travail accompli.

Un syndic bénévole réalise souvent beaucoup de tâches qui passent complètement inaperçues.

Un simple message peut pourtant permettre aux copropriétaires de comprendre ce qui a été fait :

Devis reçus pour la réparation du portail.
Facture d’électricité contrôlée.
Assurance renouvelée.
Prochaine échéance : contrôle de la chaudière le mois prochain.

Ce n’est pas du reporting pour le plaisir du reporting.

C’est une manière de maintenir le collectif informé et de montrer que la copropriété avance.

Et accessoirement, cela évite peut-être le fameux :

« Mais tu as fait quoi exactement cette année en tant que syndic ? »

Un logiciel peut aider, mais il ne peut pas créer l’implication

Un logiciel de gestion de copropriété peut simplifier la comptabilité, centraliser les documents, faciliter le suivi des dépenses, automatiser certaines tâches administratives et permettre aux copropriétaires d’accéder plus facilement aux informations.

Il peut supprimer une partie de la charge administrative.

Mais il ne peut pas obliger un copropriétaire à venir à l’AG.

Il ne peut pas créer une envie de participer.

Il ne peut pas transformer magiquement plusieurs propriétaires en une équipe parfaitement coordonnée.

L’outil peut faciliter la coopération. Il ne peut pas la remplacer.

Et c’est peut-être justement là que se trouve le véritable rôle d’un bon outil de copropriété : ne pas essayer de remplacer le collectif, mais lui donner les moyens de mieux fonctionner.

Finalement, être syndic bénévole, c’est changer d’échelle

Nous savons gérer notre compte bancaire.

Nous savons payer nos factures.

Nous savons entretenir nos équipements.

Nous savons organiser des travaux.

Nous savons conserver des documents.

Nous savons prendre des décisions avec les membres de notre foyer.

Nous savons planifier des dépenses.

Nous savons respecter des échéances.

Le syndic bénévole fait la même chose.

Mais au lieu de le faire pour un foyer, il le fait pour une copropriété.

Avec une différence essentielle : dans notre vie personnelle, nous construisons généralement notre collectif avec des personnes que nous avons choisies.

En copropriété, le collectif nous est en partie donné.

Il faut donc non seulement administrer un patrimoine commun, mais aussi faire fonctionner un groupe de personnes qui n’ont pas nécessairement les mêmes priorités, les mêmes contraintes ou le même niveau d’implication.

C’est ce qui rend le rôle de syndic bénévole à la fois proche de notre vie quotidienne… et parfois beaucoup plus difficile.

Mais cela ne signifie pas qu’il faut être un expert.

Il faut surtout être capable de s’organiser, de communiquer, de suivre les choses dans le temps et de créer les conditions pour que chacun puisse participer à la vie de la copropriété.

Nous sommes tous, quelque part, déjà des administrateurs.

Le syndic bénévole consiste simplement à mettre ces compétences au service d’un immeuble que nous avons en commun.

Avec une petite différence :

chez soi, quand quelqu’un ne participe pas, on peut toujours lui rappeler que c’est aussi chez lui.

En copropriété… c’est un peu plus compliqué. :wink:

Et chez vous, quelle est la chose la plus difficile : gérer la copropriété ou réussir à faire participer les autres copropriétaires ?